EN AVOIR OU PAS

24 mai 2016

Le temps d’une saison

Classé sous Non classé — enavoiroupas @ 13 h 45 min

Le printemps désordonné n’annonçait pas encore l’arrivé de son grand frère l’été. Les fabulations humaines le peignaient comme une belle promesse ensoleillée mais son ciel déchiré ne présentait que de mauvais augures. Un petit garçon jouait quelque part dans une terre inondée, absorbant sans répit les débordements d’une rivière proche. Il sautait dans cette boue noire pleine de dangers, évitait de justesse les failles sous la terre, et, béat, tout à fait innocent, n’esquissait pas le moindre regard vers les majestueux éclairs qui grondaient dans le ciel.
Le chaos grandissant, le petit garçon s’enfuit dans les profondeurs d’une sombre forêt. Il courra jusqu’à épuisement et fît halte sous un grand frêne. L’arbre noble et protecteur devint son nid ; on pouvait observer à la cime de ses dernières branches que celles-ci caressaient sans effort les premiers nuages. Le petit garçon partit chercher quelques feuillages et branches mortes pour y faire un feu, les murmures de la nuit approchaient à grand pas. Au milieu de cette humide et sauvage nature, il jeta un regard circulaire, et à sa grande surprise, il en trouvait une certaine beauté.
La rosé perlait le long de ses joues encore roses et imberbe. Quelques mésanges, curieuses, s’approchaient de son campement, sifflant en chœur pour le réveiller. Une légère bruine hâta sont réveil pourtant l’esprit encore happé dans des rêves chimérique. Il laissa derrière lui le frêne et entreprit, d’un pas plus assuré, de trouver la civilisation. La matinée fût longue mais riche de rencontre : il y croisa des blaireaux mates et trapus, de jeunes lapins sortit fraîchement du terrier qui, comme lui, goûtait avec amertume un avenir funeste, un renard malicieux, solitaire, partit dans cette insatiable quête de survie ou encore d’étranges écureuils, perchés sur de hautes branches, le pouls filant et le regard vitreux.
Il s’arrêta à l’orée d’un bois de pins, les alignements parallèles le rassurèrent : il y trouva, le sourire aux lèvres, une trace d’humanité, revenant à lui, peu à peu, remontant des profondeurs vers cette surface de silence. De sa mémoire encore fraîche, il se rappela de ses cours de biologie, de ces champignons comestibles, et mortels. Il en cueillit des dizaines, les disposa en colonne et passa aux cribles sa récolte. Il garda le cèpe sur lui et y chercha ses compères.
Après avoir avalé ses champignons qu’il trouva délicieux, il s’enfouit encore plus profond dans les bois. Des milliers de fleurs jaillissaient de la terre, colorant dans un contraste le bois à la manière d’un tapis oriental.
Il reprit chemin dans le silence, le ciel gris succéda au soleil qui pénétrait d’une mince affaire les pins qui faisaient bloc. Sa route le mena à une sinueuse rivière bruyante et limpide, le petit garçon ressentait la présence humaine de plus en plus proche. Il suivait le cours de celle-ci qui s’élargissait à mesure, tant de solitudes et de grandeur donnait à ces lieux un visage unique, un trait enfoui qu’il lui rappelait presque des réminiscences d’une vie antérieure. Il gagna un plateau aux bocages où ronflaient quelques hameaux et corps de fermes distincts ; l’atypique voyage fût déjà derrière lui et sa part mystérieuse que l’enfant lui accordait. Il rejoint un village, fait ni pour la sagesse, ni pour les nuances du goût, où le soleil léchait de ses rayons les pierres de granites. Quelques vieillards s’y étendaient, cherchant avec difficulté une position des moins douloureuses.Fougueux, fier, le garçon s’imaginait bien en héros dans ces lieux oubliés, car son mythe n’a pas de vie, il attend d’être incarné, qu’un seul homme au monde réponde à son appel. Le printemps, lui, s’offrit un congé de grâce, léguant le flambeau d’un cycle infini à son frère, l’été.

 

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