EN AVOIR OU PAS

4 mars 2016

LE JEUNE HOMME ET LA MER

Classé sous Non classé — enavoiroupas @ 16 h 55 min

En ce début d’été, les jours n’étaient colorés que de gris et d’amertume depuis la disparition de mon père. J’avais créé une rancœur malsaine envers tous mes proches en m’isolant, dans ma bicoque en bois en face de la mer. Un jour, je fus prit d’une soudaine motivation pour nettoyer la cabane qui était jonchée de bouteilles, mégots et restants de soirées trop arrosées, à quel honneur … Je décidais d’appeler Paul, mon meilleur ami « Salut mec, tu pourrais m’apporter un paquet de clope et de quoi graille 2, 3 jours, j’ai même pas de quoi avaler un œuf. – Bien sûr… Ca va toi ? J’arrive dans 20 minutes », qu’il me répondit, la voix désolée. Il arriva 45 minutes plus tard, j’entendis les pneus de sa voiture frottés la caillasse de ma cour. Il sortit les courses éparpillées dans son coffre, prit un pack de bière et me rejoignait sur la plage. La mer vomissait ses vagues qui grondaient sur le sable lisse et soyeux. On décapsulait une bière, tirait une goule et je commençais à parler « Tu sais mec, ça me ronge l’esprit ce deuil, j’ai l’impression que dès que je vais ouvrir cette porte, mon père sera planté là, ensuite on ira pêcher du maquereau toute la journée. Tu sais, je fais des insomnies épouvantables et les cachetons que le toubib m’a passé arrangent rien du tout : l’autre jour, je me suis endormi complètement nu sur la plage… -Mec, il faut que tu changes d’air, je ne sais pas, vois des filles, écris tes ressentis ce qui te passe par la tête. D’ailleurs, ce soir j’organise une petite fête, ramènes toi et laisses tes pensées négatives sous le matelas. » On passa l’après-midi à discuter sur mon père, la nostalgie de l’école et on finit par taper quelques passes avec mon vieux ballon de football. Vers 17h, sous un soleil de plomb, Paul me quitta. J’allumais mon ordinateur et commença à écrire, bien concentré, puis dix minutes plus tard, je trouvais mes quelques lignes ridicules, j’effaçai le contenu et rejoignit mon lit pour y faire une sieste. Je fis un rêve bête ou Paul et moi on se tenait droit sur un pilier, au-dessus du vide, et nous étions pris d’hallucinants vertiges tout en discutant de nos conquêtes féminines. « Oh ! Je l’adore ce moment propice d’échanges doux, de regards intimes, de longues conversations sur tous et n’importe quoi. – Tu rigoles, t’es devenu complètement pédé mon pauvre, faut pas y aller de main morte, il faut… ET MERDE ! » Je tombais, perdant l’équilibre, et ça me réveilla en sursaut. Cette confirmation que mes scénaristes du rêve débordaient de limite s’améliorait de jour en jour. Je pris une bière, m’en alla sur la plage. Un vent frais caressait la côte. Je l’a décapsula, en bu une gorgée et j’eu un tilt : Paul avait raison, je ne pouvais m’attarder ici, seul au monde comme un personnage de Jack London, entre doute et paresse. Je laissais derrière mois mes relents de tristesse et entreprit d’aller à la soirée.
La route de la corniche était d’une rare splendeur. Les arbres peignaient les deux collines qui suivaient de manière continue et parallèle l’étroit fleuve, d’un vert sombre un côté, un clair de l’autre. Il restait une caravelle qui slalomait dans ce chemin d’eau sinueux, la proue fière battant l’eau peu profonde. Le soleil s’endormait sur l’horizon, baigné dans un ciel orange vif, en route pour éclairer d’autres hémisphères. J’ai fondu sur la ville, et, une fois de plus, le grand viaduc s’offrait à moi.
Paul habitait une maison singulière, deux hautes tours se dressaient autour de la bâtisse enlacée d’un vieux lierre brun. Je me frayais un chemin à travers le parc et je croisais deux ombres, un bras sur une épaule, ils parlaient fort et titubaient lourdement, allez savoir. Il y avait bien une cinquantaine de personnes à cette soirée, connaissances, vagues amitiés et inconnues aux bataillons. Tous savaient pour mon père, ce qui bascula cette ambiance festive à cet atmosphère embarrassant que je n’étais pas venu chercher. Excuses mal formulées, confuses, gênantes et j’en passe, enfin, l’ignorance est la meilleure façon d’étouffer la pitié, ce que j’aurais sûrement préféré. Paul me fit signe de la main et me donna un whisky coca plutôt corsé. « «Mon petit gars, je te présente deux sublimes créatures : Jane et Clara je vous présente mon pote le plus chiant et névrosé Ernest. – Je suis désolé pour ton père » me balbutia Jane. Sous ces airs d’homme charmant et bien éduqué, Paul me souriait d’une complicité malicieuse, et s’en alla avec Clara. A tendre l’oreille, j’entendais cette population bien ancrée dans notre société qui ne se montrait curieuse que lorsqu’on parlait de réseaux sociaux, d’accomplissements personnels négligeable et autres médiocrités du genre. Je décidais de passer ma soirée en compagnie de Jane, une petite blonde aux airs naïfs. Elle se montrait plus cohérente dans l’échange et la découverte de l’autre, et peut être un peu plus entreprenant… Le fait que ça soit « trop cool et stylé » d’avoir une petite bicoque au bord de l’eau me fît ramener la belle Jane chez moi. Sur la route du retour, elle décida de me pomper l’air avec ses histoires de couple, mais dans un semblant d’intérêt, je l’écoutais « Franchement Ernest, t’as vraiment l’air d’un mec bien, tu sais, mon ex c’était un sacré connard, à me balader à droite à gauche, mentir comme il l’a fait…  Maintenant il est temps de profiter et pas s’attarder sur du pauvres types, sans prendre la tête, quoi – Ouais, t’as sûrement raison. » On s’allongeait sur la plage, la lune éclairait pleinement la Terre de son halo lumineux, c’était une nuit tiède de début d’été. Jane alluma une cigarette, s’étreignit contre mon épaule, les yeux dans le vide. Un goéland s’arrêta à quelques mètres de nous, s’approcha curieusement en quête de nourriture éventuelle, mais sans succès. Il s’envola d’un battement d’aile sourd en direction du large, loin des habitudes et des préjugés.
C’est ce qui se passa une grande partie de l’été ; je sortais régulièrement, Paul et Jane venaient me rendre visite. Je trouvais dans le regard de Jane une complicité bienveillante qui me faisait tomber des épaules rancœur et solitude. J’avais même pris l’habitude d’écrire régulièrement, fautes, syntaxes et grammaire, je m’en fichais, ce qui comptait c’était les histoires du corsaire Holmes, un vieux loup de mer qui naviguait seul dans l’immensité de l’océan. Malgré sa ridicule force de combat qui était de deux canons aussi vieux que leurs capitaines, rouillés et balancés dans la cale créant un vacarme monstre, le corsaire avait récupéré le drapeau d’un chef pirate de réputation sanguinaire, ce qui faisais fuir les bateaux ennemis. Quand j’étais en manque d’inspiration, j’allais retaper un misainier que mon père avait abandonné dans le garage de la maison familial. En fait, je faisais ce que je voulais quand je voulais, j’étais éprit d’un léger sentiment de liberté.
Cette année, je décidais d’arrêter ma deuxième année de faculté de droit ; sûrement une faute d’ambition. Au fond de moi, j’aspirais inexplicablement à l’aventure du monde. Je songeais de plus en plus à naviguer avec ce bateau, et, pourquoi pas, traverser la Manche, bras de l’Atlantique. Pendant que les nuages absorbaient leur lumière quotidienne, à ma manière, je ressentais ce besoin de réconfort auprès de Jane, dans le creux de son torse nue. Il est vrai que je l’avais mal jugé aux premières apparences ; elle était de nature calme, sûre d’elle, active et pleine d’entrain. Une nuit, quand on se rassemblait tout les trois, dans ses crises d’enthousiasmes, Paul me fît part d’une idée surprenante. « Bon, écoutez le grand chandelier que je suis, pourquoi on ne partirait pas faire un voyage épique avec ton bateau, quand tu auras finis de le réparer, hein ? ».

Ce soir-là, l’étoile du Berger brillait de mille feux incandescents, et,  peut-être loin dans l’infini océan, dans les méandres des profondeurs, mon père flottait comme une ombre que je regrettais tellement que j’en fus prit de nausées et me sentit complètement vidé. Tout en descendant une bouteille de bourbon, je me rendais compte de ma fébrile sobriété, la Lune ouvrait le rideau de cette chimère parfois envoûtante, parfois ridicule mais constamment impitoyable. Comme le somnambule d’une faible voix, prononçant ces derniers mots, j’observais parmi mes songes la physionomie de mon père qui me murmura : « Réveilles-toi, Ernest, ta vie doit contempler les immuables beautés de cette Terre de richesse, de savoir. Vas-t-en». Les yeux mi-clos, rivés vers cet amas de lumières tout à fait sublime, mon esprit tourmenté s’apaisa et le calme prit solennellement sa place.

* * *

Ma mère ne fît pas attention à ma présence lorsque j’entrais dans la maison. Elle sursauta, de par ma surprise et de ma dégaine marginale « Ernest ! T’aurais pu me donner des nouvelles, ce n’est pas croyable ça… Que fais-tu de ton été ? – Je vois des amis, j’écris, je me baigne, je pense à l’année prochaine… – Quels sont tes projets ? – Je ne sais pas maman, je n’ai pas la tête à ça en ce moment. » On échangea quelques propos sans vraiment d’intérêt et je me rendis au garage. Je soulevais la bâche, et esquissa un sourire, fier de mon travail. Le misainier mesurait presque 6 mètres de longs, peint d’un rouge pâle et je m’imaginais déjà voguer sur une mer cuirassée d’argent, sous un ciel bleu écru. J’eu un léger frisson, ce qui ne manqua pas de me motiver. Je passai l’après-midi à trimer sur la finition du bateau, abruti de soleil, et à la belle fin, quand le bateau encré flottait à une allure des plus enivrantes, que ma peau dorée fût recouverte de poussière de sel, mon corps explosa d’une sensation de joie intense ; ce décor de tendresse et de gloire rencontrait se contraste de jaune, de bleu, et bien sûr, d’un discret rouge flouté.
J’appelais rapidement mes deux compères, et Paul accouru comme un diable. Avide, l’excitation lui sortait déjà des yeux, la vie l’excitait tellement qu’il avait du mal à articuler un mot « Oh… oh… Ou est le splendide ? Ou est-il ? » échappa-t-il tout en courant vers la plage. Il jouit de la même expression que moi, le visage décontracté d’émerveillement. Jane vins à son tour, ne sauta pas de joie comme nous le fîmes, jeunes enfants, mais m’embrassa tendrement sur la joue et je compris que mes conquêtes antérieures n’étaient que fruits de brouillons, de préfaces. Le soir même, sous cette légère brise de fin d’août, on dégusta du lieu jaune que Paul pêcha la veille « ça mordait de partout, je suis tombé sur un banc de lieu, mes mitraillettes appelaient au secours tellement ça vibrait de partout. C’était comme un raz-de-marée de poiscaille, j’ai même cru que le zodiac allait couler et son putain de capitaine avec. – Bravo champion, c’est dommage que t’ai pas pu pêcher une bouteille de pinard pour altérer tout ça » lui fis-je.

SUITE

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