EN AVOIR OU PAS

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18 novembre 2015

SUPPOSONS QUE

Classé sous Non classé — enavoiroupas @ 13 h 47 min

Les beaux discours de Jean-Baptiste avaient disparu depuis quelques mois. Les femmes n’esquissaient plus de sourire quand il se saoulait la gueule au comptoir, ne se perdaient plus dans ses yeux vert. Un soir de plus, voué à son propre échec, il décida de rentrer chez lui, dans une démarche lourde et bête, titubant et sifflant les filles qui changeaient de trottoir à sa vue. Il joua avec ses clés, s’affala sur son lit et se mit à pleurer toutes les larmes de son corps.
Au petit matin la piaule baignait dans la lumière du soleil, d’un coup, comme ça, Jean-Baptiste s’est bougé le cul pour de bon. Il entreprit, sans négligence financière, d’acheter un costume, des chaussures et de trouver un travail qui lui conviendrait, bref, il voulait se ranger. Il fît son premier pas dans cette société impitoyable en se rendant dans une agence d’emploi. Un type mal réveillé, petit, tassé comme un amas de graisse sur de grosses semelles, lui demanda :  » – Âge ? Formation ? Taille ? Célibataire ? La santé ? – 24 ans, écrivain quand ça me chante, 18cm, oui, ça peut aller. » Le teint gris, la mine de déterrée, il cocha ses petites cases comme tous ses cons de fonctionnaires et tamponna lourdement le bas de la page. Il grommela « -Droite, deuxième bureau. » Chic type. On appela Jean-Baptiste, lui fît signer un papier ou il était écrit :

A L’ORDRE DE MR.JEAN-BAPTISTE R.M
SE PRÉSENTER LUNDI 6 MAI AU RESTAURANT CAROLINE
9h TENUE CORRECTE EXIGÉE

Pour fêter ce jour saint, Jean-Baptiste se rendit dans un restaurant branché, mangea du bœuf et s’enfila une bouteille de whisky. Morphée le tenant par les couilles, il ferma les yeux dans son lit, avec un petit sourire au coin des lèvres.
Lundi, 9h, il portait son plus beau et unique costume. Il entra dans le bâtiment et fût accueilli froidement. On lui donna un tablier, une éponge, de la paille de fer et il commença à frotter sans relâche le gras des assiettes. La plonge se situait dans une petite pièce du restaurant, il en profitait parfois pour s’allumer une clope et boire un coup. Il rentrait tous les soirs chez lui, les ongles sales et l’esprit vide.
En un mois, Jean-Baptiste filait de plus belle dans la droiture dictée par les monarques de ce monde ; de l’argent comme il n’en avait jamais eu. Il se paya un chouette appartement, de belles chaussures et une belle voiture. Mêmes les femmes trouvèrent leurs comptes. Il s’était facilement adapté à cet environnement qu’il détestait jadis, à tel point qu’il n’écoutait plus ses vieux vinyles de Baker, reniait Nietzsche et Tolstoï et se rasa même la barbe. Il regardait les jeux à la télévision, rêvait Espagne, Thaïlande avec sa nouvelle copine Hélène et s’abonna au journal des Républicains. Il s’indignait contre la pauvreté dans le monde mais mangeait trois fois par semaine au restaurant, se revendiquait parfait écologiste dans sa Ford Ranger et affirmait que la migration était un mal mais la guerre un bien nécessaire. Il se rangea, parfaitement bien.
Supposons qu’il était resté dans sa piaule, à écrire ces poèmes, continuellement à nourrir son pessimisme de cette bêtise qu’on appelle société, que serait-t-il devenu ? Un marginal prêcheur du non-convaincu ? Une bête errante retrouvée morte dans une ruelle avec deux grammes d’alcool dans le sang ? Des centaines de bébés étaient là en train de piailler, Jean-Baptiste les entendaient à travers la vitre. Jamais, jamais ça n’arrêtait. Le coup de la naissance, le coup de la mort. Chacun son tour. On débarque tout seul et on repart tout seul. Et la plupart vivent toute seule leur pauvre vie peureuse et amputée. Une tristesse épouvantable s’est abattue sur lui. Toute cette vie, promise à la mort. Toute cette vie qui bientôt se brancherait sur la haine, la folie, la névrose, la connerie, la peur, le crime et le rien, rien dans la vie, rien dans la mort. Il quitta son travail, sa femme, ses belles chaussures et jeta son étiquette de bon citoyen, loua une petite chambre, se décapsula une bière, se déshabilla, se posa sur son lit clope au bec. Il alluma la radio à fond, c’était « Love her madly » des Doors.

« Bon Dieu qu’il est rassurant de retrouver le monde des vivants. » Pensa-t-il.

17 novembre 2015

THE CRYSTAL SHIP

Classé sous Non classé — enavoiroupas @ 12 h 43 min

Le navire glissait, battant dans un bruit assourdissant le plat de l’océan. Le fier mât, fragile comme une allumette, œillait les moindres dangers. Quelques algues désespérées venaient s’accrocher à la coque. Les alizés, inarrêtables, balayaient mon visage recouvert de poussière de sel. Elles étaient chaudes et ça me réconfortait. La grande étoile de feu brillait de mille astres, étendait sa lumière dans chaque bouche d’ombre. C’était une magnifique journée. Ma ligne tremblait et brûlait mes mains endolories. Quelques goélands s’invitaient dans un repas dominical, transperçant le temps par leur cri strident. Puis, en fin de journée, la vie reprenait sa place, immuable et intransigeante, s’éclipsant dans son dernier bain de couleur vive, comme un appel de détresse avant de s’engouffrer dans les ténèbres. Effectivement, la vie reprenait son souffle sous mes pieds, ou mille créatures, en quête de survie, obéissaient à leur propre évolution ; condamnées sans cesse à fuir. Où étais-tu quand je vivais dans la folie des hommes ? Où étais-tu ? Mon cœur battait au rythme saccadé du bateau et, dans celui-ci, je compris que j’aimais intensément la route autant que je ne supportais pas le sens qu’elle prenait.

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