EN AVOIR OU PAS

22 mars 2015

LE REGARD

Classé sous Non classé — enavoiroupas @ 23 h 11 min

Je regarde discrètement cet homme, la sueur perle le long de son visage aux allures rustres et antipathiques. Le contexte est bien évidemment familier ; prenez un métro parisien, concentré le de gens nonchalants et inexpressif et y ajouter un gré de folie : moi.

Je m’appelle Gustave, et tous les jours depuis presque deux ans, j’ouvre un livre quand j’entre dans la rame de métro. Non, pas un livre, LE livre, toujours le même, « Le regard » qui raconte l’histoire désespérée d’un jeune homme éperdument amoureux  de ce qui croît, et il en est sûr, la femme de sa vie. Il essaie par tous les moyens de surprendre cette forteresse aux cheveux bruns, en vain, il n’arrivera qu’à mortelle conclusion. Un scénario imprenable, n’est ce pas ?

Pour être tout à fait honnête, depuis deux ans maintenant, j’ai prit l’habitude dans le métro de sortir ce livre et faire semblant de le lire. Il me plaît beaucoup, à tel point que j’aimerais trouver cette personne qui l’aime autant que moi. Alors j’attends, j’abuse d’utopie, d’un trop plein d’espoir.

Parfois, je m’assois sur un banc dans un parc, seul, et je l’ouvre à nouveau, guettant tous regards, croisant toutes œillades passagères. Mais rien ne se passe, alors je rentre chez moi, et je m’endors triste.

Un jour, mon père m’appela pour m’annoncer la fin des quatre années de souffrance de ma mère. Je reste sur le chemin.

L’année d’après, un pluvieux jour, un ciel noir, ma sonnette retentit. C’est ma sœur, en larme, que j’étreins dans mes bras. Un suicide peut atténuer les pires douleurs du cœur, même celle de mon père. Je reste sur le chemin.

De cette succession de malheurs, qui, mêlée à cette folle aventure de rencontre impossible, la fin de ma vie n’a été qu’un égarement totale.

« Oisive jeunesse,
A tout asservie,
Par délicatesse,
J’ai perdu ma vie. »

Ma sœur, d’un âge encore juvénile, n’a pas supporté le poids de la vie et s’en est allé très haut.

Alors, assit sur mon siège, les yeux rivés sur mon livre, j’ai lu la dernière phrase de celui-ci « Le sentiment n’a d’égal que l’intensité du regard. Bref, long et intensif, haineux, perlant, aveugle, agenouillé sur le bord de la falaise, elle me tourna le dos. »

Elle ramasse délicatement le livre posé sur le siège du métro et y échappe un sourire.

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